L’étau se resserre autour de Xenia Fedorova. L’ancienne directrice de la chaîne d’État russe RT France, devenue chroniqueuse régulière sur les antennes du groupe Bolloré, fait désormais l’objet d’un arrêté d’expulsion. Une décision rare, annoncée par le ministère de l’Intérieur ce mercredi 29 juillet, qui illustre la volonté des autorités françaises de durcir le ton face aux relais de propagande étrangère.
Une chroniqueuse au cœur de la polémique
Depuis le début de l’année 2025, Xenia Fedorova est devenue une figure familière des téléspectateurs de CNews et des auditeurs d’Europe 1. Régulièrement invitée pour commenter l’actualité internationale, elle est accusée par le Quai d’Orsay de reprendre « mot pour mot les narratifs de propagande russe ». Une critique qui s’est intensifiée après plusieurs interventions jugées partiales sur le conflit ukrainien et les relations entre Moscou et l’Occident.
Le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, l’avait qualifiée fin mai de « propagandiste patentée qui sert de relais à la désinformation du Kremlin ». Des propos qui avaient alors relancé le débat sur la présence de voix pro-russes dans les médias français, en particulier au sein des chaînes détenues par Vincent Bolloré.
Un arrêté d’expulsion pour « menace à l’ordre public »
L’arrêté ministériel, consulté par Libération et confirmé par franceinfo, ne laisse guère de place au doute. Il stipule que le comportement de Xenia Fedorova « porte atteinte aux intérêts fondamentaux de l’État » et que sa présence sur le territoire « constitue une menace particulièrement grave et actuelle pour l’ordre public ». Le document l’accuse explicitement de s’inscrire « comme un relais des campagnes de désinformation pilotées par les autorités russes » dans le but de « déstabiliser l’ordre public » en France.
Concrètement, cette mesure administrative lui laisse le choix : quitter le territoire français librement, ou rester et perdre la validité de son titre de séjour. Dans ce dernier cas, elle ne pourrait plus travailler, serait assignée à résidence et devrait pointer quotidiennement au commissariat.
Un feuilleton politico-médiatique
L’affaire Fedorova a pris une tournure politique ces derniers mois. Début mai, la présidente des eurodéputés Renew, Valérie Hayer, avait saisi l’Arcom après des déclarations « propagandistes » de la chroniqueuse sur CNews et Europe 1. Elle demandait à l’autorité de régulation d’examiner si ces interventions respectaient les obligations d’honnêteté de l’information.
Emmanuel Macron lui-même était monté au créneau en juin, estimant que Xenia Fedorova servait déjà la « propagande d’État » russe en 2017 et que « les choses n’avaient pas changé ». Un avis toutefois nuancé par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, qui avait évoqué une « ligne rouge » : ne pas porter atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. La décision d’expulsion semble indiquer que cette ligne a été franchie.
Un titre de séjour renouvelé qui interroge
L’affaire a pris une dimension supplémentaire lorsque Le Monde a révélé que le titre de séjour de Xenia Fedorova avait été renouvelé en 2024. Une information qui avait suscité l’incompréhension, voire l’indignation, alors que ses activités étaient déjà pointées du doigt. Le préfet de police de Paris, Laurent Nuñez, avait alors rappelé que l’octroi d’un titre de séjour n’empêchait pas des poursuites ultérieures en cas de trouble à l’ordre public.
Recours immédiat et défense de la liberté d’expression
Sans surprise, l’avocat de Xenia Fedorova, Emmanuel Piwnica, a annoncé un recours immédiat contre cet arrêté. Les employeurs de la chroniqueuse, Canal+ et Lagardère, ont dénoncé dans un communiqué commun « une atteinte particulièrement grave à la liberté d’expression et au pluralisme des opinions ».
Cette affaire soulève une question épineuse : jusqu’où peut aller l’État pour contrer des ingérences étrangères sans empiéter sur la liberté de la presse ? Si le gouvernement justifie sa décision par la nécessité de protéger les intérêts fondamentaux de la Nation, les défenseurs de Fedorova y voient un dangereux précédent. Le débat ne fait que commencer, et la bataille juridique s’annonce longue.
